On dit souvent la Camargue au singulier. Il y en a pourtant plusieurs, et celle dont je vous parle ici est la Camargue gardoise : la rive droite du petit Rhône, entre Vauvert, Aigues-Mortes et les étangs. Moins parcourue que sa voisine, tout aussi riche.

Une mosaïque de milieux
Ce qui frappe quand on connaît un peu, c’est la juxtaposition. En quelques kilomètres, on passe d’un milieu à l’autre, et chacun abrite ses espèces.
- Les roselières : denses, sonores, refuge des panures à moustaches, des butors et des talèves sultanes
- Les sansouïres : ces étendues salées rases où poussent les salicornes, rougissant à l’automne
- Les étangs et lagunes : le domaine des flamants, des avocettes et des échasses
- Les jonchaies et marais doux : hérons, aigrettes et crabiers y trouvent à manger
- Les pâturages et rizières : taureaux, chevaux, hérons garde-bœufs et cigognes
Cette diversité explique la richesse ornithologique du territoire. Elle explique aussi pourquoi on peut passer à côté sans rien voir : chaque espèce a son milieu, son heure et sa saison.
Les hommes du pays
La Camargue n’est pas un espace vierge. C’est un pays travaillé, modelé au jour le jour par ceux qui y vivent. Ignorer cette part reviendrait à ne montrer que la moitié du tableau.

Les manadiers
L’élevage des taureaux
Les manades élèvent les taureaux de race camarguaise en semi-liberté sur les pâturages. Gardians à cheval, tri du bétail, transhumances : un savoir-faire qui structure le paysage autant que l’économie locale.

Les traditions
Courses et fêtes votives
Ici le taureau n’est pas mis à mort. La course camarguaise se joue à mains nues, entre raseteurs et animaux. Chaque village a sa fête votive, ses abrivados et son calendrier.

Les métiers
Roseau, sel et riz
La coupe du roseau pour la toiture des cabanes, les salins d’Aigues-Mortes, la riziculture. Des activités qui façonnent les milieux et, indirectement, la faune qui les occupe.
Où photographier en Camargue ? Les spots accessibles à tous
Voici les sites ouverts au public, ceux où vous pouvez vous rendre librement. Ils méritent tous le déplacement, et ils constituent une bonne première approche du territoire.
Le Centre du Scamandre
Situé à Vauvert, au cœur des marais du Charnièr. Sentiers aménagés, observatoires et exposition permanente. Un très bon point de départ pour comprendre les milieux camarguais avant d’aller plus loin.
Les salins d’Aigues-Mortes
Les tables salantes et leurs eaux rosées attirent les flamants en nombre. Lumière spectaculaire en fin de journée, particulièrement en été quand la concentration en sel monte.
L’étang du Ponant et la Petite Camargue
Entre Le Grau-du-Roi et Aigues-Mortes. Digues accessibles à pied ou à vélo, avec des vues dégagées sur les plans d’eau. Aigrettes, hérons et échasses y sont réguliers.
La Tour Carbonnière et les marais alentour
Un repère historique au milieu de la plaine, avec des chemins bordés de roselières. Intéressant tôt le matin, quand la brume se lève sur les marais.
Les digues à la mer et l’étang de Vaccarès
Côté Bouches-du-Rhône, plus fréquenté mais incontournable. Le Vaccarès reste l’un des plus grands étangs d’Europe et concentre une avifaune considérable.
Et les autres ?
Ces sites publics sont excellents, mais ils ont deux limites : ils sont connus, donc fréquentés, et les postes d’observation y sont fixes. Les meilleures conditions se trouvent souvent ailleurs, sur des domaines privés, des réserves à accès encadré ou des chemins que rien ne signale.
Ceux-là, je ne les publie pas : ils supposent des autorisations, des relations de voisinage et une connaissance des lieux qui ne se résume pas à des coordonnées GPS. C’est précisément ce que vous emportez avec vous quand vous partez accompagné.
Il y a aussi une question d’horaires. Je dispose d’accès à certains sites en dehors des périodes d’ouverture au public, le Centre du Scamandre notamment. Or c’est précisément aux heures où les grilles sont fermées que la lumière est la plus belle et que les oiseaux se montrent : à l’aube et en fin de journée. Aux heures d’ouverture, vous partagez les observatoires avec les promeneurs.
Quand venir en Camargue ?
C’est la question qu’on me pose le plus souvent, et la réponse dépend entièrement de ce que vous cherchez. Voici les grandes tendances, étant entendu que la nature garde toujours le dernier mot.
Hiver
La saison des hivernants et des grands rassemblements. Les grues cendrées sont présentes, les flamants roses atteignent leur paroxysme de couleur avec l’habillage nuptial. Lumière rasante toute la journée, peu de monde sur les chemins, et parfois le mistral qui nettoie le ciel.
Printemps
Le retour des migrateurs, avec les guêpiers d’Europe et les rolliers à partir de début mai. La reproduction bat son plein chez les hérons, les aigrettes et les échasses. C’est la période la plus colorée et la plus sonore de l’année.
Été
Les journées sont longues, ce qui laisse le choix entre les premières et les dernières heures. Il faut composer avec la chaleur et éviter le milieu de journée, mais les jeunes de l’année sont là. C’est aussi la saison des fêtes votives dans les villages.
Automne
La migration de retour, les salicornes qui rougissent dans les sansouïres, et une lumière dorée qui fait le bonheur des photographes. Moins de visiteurs qu’en été, des températures agréables.
Venez la voir de près
Lire sur la Camargue, c’est bien. La parcourir avec quelqu’un qui y vit, c’est autre chose.